"Il convient peut-être de nous fier aux rêves qui nous projettent au-delà de nos limites."
Jacques ABEILLE, Les Barbares, 2011dimanche 1 juillet 2018
vendredi 8 juin 2018
Le Chat qui...
Cette semaine, j'ai effectué une petite plongée dans la sympathique série du "Chat qui..." de Lilian Jackson Braun.
Elle met en scène Jim Qwilleran, un ancien journaliste devenu riche par héritage, et ses deux compagnons de vie, Kao K'o Kung, dit Koko, et Yom Yom, un couple de chats siamois. Leurs aventures se déroulent dans le nord des Etats-Unis, à Pickax, une petite bourgade du comté de Moose, ou dans ses environs, mais la plupart du temps dans de petites villes de campagne ou dans des endroits perdus.
Les livres valent plus pour l'ambiance que pour les enquêtes elles-mêmes. Jim Qwilleran se contente de s'installer dans des habitations originales, de promener sa grosse moustache dans des lieux typiques, de jouer les philanthropes et de lire de bons bouquins. Le véritable enquêteur de l'histoire, c'est Koko.
On retrouve dans cette série tout ce qui fait le charme des enquêtes de la célèbre Miss Marple. C'est une lecture particulièrement addictive, parfaite pour les vacances.
---
Le chat qui connaissait Shakespeare, 10/18 n°2246
Le Chat qui connaissait un cardinal 10/18, n°2401
Le Chat qui déplaçait des montagnes, 10/18, n°2447
lundi 4 juin 2018
Karen Viggers, "La Mémoire des embruns"
Mary, une femme âgée et malade, reçoit une mystérieuse lettre qui la bouleverse et lui fait avancer son départ pour Bruny, une île située au sud de la Tasmanie où autrefois elle a été l’épouse du gardien de phare (d’où le titre anglais, The Lightkeeper’s Wife). C’est sur un bout de côte sauvage, dans un cottage isolé, qu’elle veut renouer avec son passé et ses souvenirs en attendant la mort. Au programme, nostalgie et description des paysages…
Que c’est long ! Que c’est lent !
Je suis arrivée à la page 296, soit à peu près à la moitié, plus épuisée encore que la vieille Mary qui en est toujours à se demander ce qu’elle va faire de cette maudite lettre.
Allégé de 200 ou 300 pages, débarrassé des scènes et des détails inutiles, le roman serait parfait, car il n’est pas mal écrit et possède un certain charme. Le problème n'est pas tant la longueur que le fait qu'une bonne partie de son contenu ne présente pas grand intérêt.
Allégé de 200 ou 300 pages, débarrassé des scènes et des détails inutiles, le roman serait parfait, car il n’est pas mal écrit et possède un certain charme. Le problème n'est pas tant la longueur que le fait qu'une bonne partie de son contenu ne présente pas grand intérêt.
C'est peu stimulant au point de vue intellectuel et donc assez rapidement ennuyeux.
Karen VIGGERS, La Mémoire des embruns, Le Livre de Poche, 2015, 571 p.
vendredi 11 mai 2018
Quand l'auteur se prend pour un de ses personnages...
... le dénouement est-il nécessairement tragique ?
Telle est la question qui m'est venue à l'esprit en lisant cette observation de Julien Green à propos du suicide de Montherlant :
Ayant inventé un personnage tout de bravoure et d'éclat, il a fini par se prendre pour lui et s'y est conformé jusqu'à la fin. C'est le personnage qui a appuyé sur la détente, non l'homme, et il faut prier pour l'homme.
Julien GREEN, La Bouteille à la mer - Journal 1972-1976, 1er octobre 1972.
Cela m'a rappelé Mishima dont, dans un article consacré au film de Paul Schrader, j'analysais le suicide comme étant un geste littéraire qu'il est venu inscrire dans la réalité, faisant ainsi, par sa mort, se rejoindre sa vie et son œuvre.
dimanche 17 décembre 2017
L'Oeil dépoussiéré
Cette semaine j'ai effectué un raid dans ce lieu où pullule l'étiquette jaune fluo indécollable. Depuis un moment déjà j'évitais de m'y rendre car pour les personnes de peu de volonté dont je suis c'est un endroit de perdition. J'en reviens toujours avec trois tonnes de bouquins et de DVD sous chaque bras. Cela n'a pas manqué. J'ai opéré une razzia parmi les livres graphiques et rapporté, entre autres, ces trois ouvrages qui ont pour point commun de parer la littérature classique des atours de la BD : ce sont les volumes 1 & 2 du Canon graphique et Monsieur Bermutier de Marteen Vande Wiele.
Les deux volumes du Canon Graphique (il y en a trois en tout), publiés par les éditions Télémaque, présentent des extraits des grands classiques de la littérature mondiale illustrés ou revisités par tout ce que l'univers de la BD et de l'illustration compte de noms prestigieux. Ce sont de bons grands, gros bouquins comme on les aime, de beaux bébés de 450 à 500 pages. Les textes vont de l'Illiade à Baudelaire en passant par le Tao Te King, des contes indiens ou japonais et tout un tas de chef- d'œuvres aussi intéressants que disparates. Quant aux illustrations, tous les genres s'y côtoient. C'est une véritable invitation au voyage et au dépaysement, et à explorer les arcanes de la création et de la pensée humaine.
Monsieur Bermutier, publié chez Casterman, reprend quant à lui des nouvelles de Maupassant d'une manière très habile et dans un style qui ne manque pas de charme. Il se lit d'une traite.
Personne ne peut résister aux classiques quand ils se présentent sous ces traits-là. Ce grand dépoussiérage nous permet de réaliser à quel point ces textes sont intemporels et que ce n'est que le regard que nous portons habituellement sur eux qui les rejette dans le passé.
C'est notre œil qui est empoussiéré.
mercredi 13 décembre 2017
"L'Enfer" de Clouzot
Clouzot a peuplé son Enfer de quelques jolies créatures comme cette jeune femme sexy.
Peut-être est-ce parce que j'ai visionné le documentaire sur L'Enfer et le film de Visconti à quelques jours de distance, à moins que ce ne soit dû à l'attitude équivoque des deux personnages ou au fait que tous deux portent un costume de matelot, mais la vue de ce cliché me fait penser au Tadzio de La Mort à Venise.
Sujet d'étude : du rôle ambigu du costume marin au cinéma et dans la littérature.
dimanche 29 octobre 2017
Exil
Pour
la première fois il se représentait la solitude du chef non plus comme
l’isolement du sommet mais comme un exil loin de la vérité.
Jacques Abeille, Le Veilleur du jour.
mardi 20 juin 2017
Jaloo - Insight
L'artiste qui m'a donné envie de renouer avec la MPB (Musique Populaire
Brésilienne) que j'avais un peu perdue de vue et d'ouïe ces dernières
années.
mercredi 7 juin 2017
"What to draw and how to draw it", E. G. Lutz, 1913
Trouvé par hasard, en cherchant de vieux livres, cet opuscule
réjouissant publié en 1913 aux États-Unis, et qui vous enseignera "Quoi
dessiner et comment le dessiner". J'adore ce genre de concept. C'est
bien pensé, ludique et cela a dû, depuis un siècle, amuser des tripotées
d'enfants passionnés de dessin.
Voici un exemple de planche.
Je ne l'ai pas choisie au hasard. Elle m'a rappelé de vieux souvenirs,
car j'ai commencé ma vie "d'artiste" en reproduisant inlassablement un
modèle proche du "C". Je m'étais spécialisée dans la production de
poissons, que je barbouillais de diverses couleurs. Je devais avoir deux
ou trois ans, et j'imagine que c'est ma mère qui m'avait enseigné
comment faire. Quel dommage qu'elle n'ait pas eu ce genre de bouquin
sous la main! J'aurais peut-être eu une chance d'échapper à ce délire
pisciforme.
Vous trouverez le livre sur le site archive. org
lundi 24 avril 2017
"The Young Pope", Paolo Sorrentino, 2016
Il mondo si è fermato per parlare d'amore.(*)
Quand on commence à regarder cette série, on ne sait pas du tout à quoi
s'attendre, et c'est un sentiment qui perdure jusqu'à la dernière
minute.
Le scénario est bluffant, la réalisation magistrale. C'est beau.
Subtile. On n'est plus habitué à tant de beauté et d'intelligence.
Sorrentino est un génie.
(*) - Le monde s'est arrêté pour parler d'amour.
dimanche 9 avril 2017
L'Homonyme
Parmi les fléaux d'internet, arrivant en troisième position derrière le
troll et l'ex qui publie tes photos intimes pour te pourrir la vie, il y
a ton homonyme.
L'homonyme, c'est le gars ou la fille que tu n'as jamais rencontré (e), mais qui par malchance porte le même nom et le même prénom que toi. Si tu te croyais unique, c'est râpé, mais ce n'est pas le pire : alors que tu as toujours fait très attention à ton image virtuelle afin de véhiculer des valeurs compatibles avec tes objectifs professionnels, l'homonyme, lui, ne s'est jamais embarrassé de ce genre de détails. Il vit sa vie et la partage généreusement avec son entourage via les réseaux sociaux, si bien que quand on tape ton nom à toi dans un moteur de recherches, le premier visage qui apparaît c'est le sien. Il n'est pas mal. Il sourit. Normal, il est en pleine teuf, le verre à la main. C'est un bambocheur ! Soyons honnêtes, il ne fait pas que cela. Il bronze sur la plage, tire la langue, joue à des jeux idiots, écoute de la musique ringarde.. Et il est plutôt courageux, car il trimballe son pack de bière jusque sur les pistes de ski... En le voyant s'épanouir sur la toile, tu as la curieuse sensation que toutes ses occupations n'ont qu'un seul objectif : ruiner ta crédibilité auprès de clients et d'employeurs potentiels. Et c'est bien le problème. Il abîme ton image seulement auprès de personnes qui ne te connaissent pas et qui ne vont pas aller faire de recherches poussées pour savoir si tu es bien le joyeux luron de la photo : ils viennent justement d'en voir assez pour ne pas avoir envie d'approfondir.
Le mal est sans remède. L'homonyme ne fait rien de répréhensible et il semble même très sympa. Il serait probablement ravi de trinquer avec toi s'il te croisait sur la poudreuse.
L'homonyme, c'est le gars ou la fille que tu n'as jamais rencontré (e), mais qui par malchance porte le même nom et le même prénom que toi. Si tu te croyais unique, c'est râpé, mais ce n'est pas le pire : alors que tu as toujours fait très attention à ton image virtuelle afin de véhiculer des valeurs compatibles avec tes objectifs professionnels, l'homonyme, lui, ne s'est jamais embarrassé de ce genre de détails. Il vit sa vie et la partage généreusement avec son entourage via les réseaux sociaux, si bien que quand on tape ton nom à toi dans un moteur de recherches, le premier visage qui apparaît c'est le sien. Il n'est pas mal. Il sourit. Normal, il est en pleine teuf, le verre à la main. C'est un bambocheur ! Soyons honnêtes, il ne fait pas que cela. Il bronze sur la plage, tire la langue, joue à des jeux idiots, écoute de la musique ringarde.. Et il est plutôt courageux, car il trimballe son pack de bière jusque sur les pistes de ski... En le voyant s'épanouir sur la toile, tu as la curieuse sensation que toutes ses occupations n'ont qu'un seul objectif : ruiner ta crédibilité auprès de clients et d'employeurs potentiels. Et c'est bien le problème. Il abîme ton image seulement auprès de personnes qui ne te connaissent pas et qui ne vont pas aller faire de recherches poussées pour savoir si tu es bien le joyeux luron de la photo : ils viennent justement d'en voir assez pour ne pas avoir envie d'approfondir.
Le mal est sans remède. L'homonyme ne fait rien de répréhensible et il semble même très sympa. Il serait probablement ravi de trinquer avec toi s'il te croisait sur la poudreuse.
mardi 1 novembre 2016
Au Gré de mes explorations...
Au gré de mes explorations culturelles...
Quel titre donner à ce genre de recueil ? Après avoir longuement cherché, je suis revenue à ce mot que j'ai déjà employé dans d'autres contextes : "exotomanie". La culture n'est-elle pas un voyage, et chaque œuvre un continent étrange qui demande à être exploré ?
lundi 31 octobre 2016
Joyeux Halloween !
Même si Halloween ne fait guère partie des traditions locales, cette
fête offre au moins le grand avantage de me permettre de mettre en avant
quelques clichés difficilement exploitables en temps normal.
Il s'agit de l'une des marionnettes confectionnées par Maurice Sand, le
fils de la grande George, et qui sont exposées dans la propriété
familiale de Nohant.
Plusieurs œuvres de Maurice sont disponibles sur le site Gallica, notamment Le Théâtre des marionnettes dont
une des pièces s'intitule "Balandard aux Enfers". J'imagine bien cet
inquiétant personnage hantant un endroit de ce genre.
samedi 30 avril 2016
Du monde dans "Tout-Monde"
Photo trouvée.
Cette fois, dans Tout-Monde d'Edouard Glissant, marquant la page 29, chapitre BANIANS.
Cette grande photo représente deux hommes devant un vaste panorama.
Sur la gauche de la photo, un homme jeune, début de trentaine peut-être, le visage en gros plan, de trois quart. Il a le cheveu court, ondulé, châtain, coiffé en arrière. Il porte une chemise rose déboutonnée. Il ne regarde pas l'objectif, mais quelque chose qui se trouve plus loin, sur la droite, derrière le photographe.
L'homme de droite est plus âgé. Ses cheveux sont gris. Il porte une chemisette dont les rayures se croisent et forment des quadrillages. Elle sont bleu gris, brun rouge, et beiges sur fond blanc. Il regarde le paysage qui s'étale en contrebas. C'est une campagne verdoyante, mais qui s'estompe progressivement dans une sorte de brume bleutée. On devine des bocages, des forêts, quelques petits reliefs, des rubans plus blancs, irréguliers, qui figurent probablement des chemins ou des routes. Aucune construction. Rien qui puisse permettre d'identifier la région en question. Le ciel est blanc.
Sans lieu ni temps, ce cliché pourrait avoir été oublié
dans le livre la semaine dernière ou vingt ans plus tôt. Pas avant
1993, en tout cas, car c'est la date de l'édition. J'ai altéré la photo
afin que ces personnes ne soient pas directement reconnaissables, car
j'imagine qu'il leur serait désagréable de se retrouver, par hasard,
affichées sur le blog (si confidentiel soit-il) d'une inconnue.
mercredi 30 mars 2016
"Eden Log" de Franck Vestiel, 2007
Comme le laisse facilement deviner l'affiche, il s'agit d'un film de
science-fiction à la réalisation extrêmement graphique. Visuellement, on
pourrait le situer quelque part dans la zone des Tetsuo de Shinya Tsukamoto (1989) et Pi
(1998) de Darren Aronowsky, c'est-à-dire qu'on y trouve un travail
remarquable sur l'image. De la véritable expression cinématographique,
en somme, pas du blabla filmé. D'ailleurs, il comporte très peu de
dialogues. Tout repose sur divers procédés cinématographiques, que l'on
pourrait presque, si l'on osait, comparer à ceux que l'on trouvait dans
les films de la haute époque expressionniste. Je pense plus
particulièrement au Cabinet du docteur Caligari
de Robert Wiene. Certes, l'esthétique n'est pas la même, mais il y a
une espèce de parenté de conception dans l'utilisation du décor, des
textures et des contrastes violents de lumière et d'obscurité. Même s'il
me rappelle les films expressionnistes, Eden Log
tire plutôt son inspiration de l'univers de la BD et du jeu vidéo. On a
d'ailleurs souvent l'impression d'être dans un jeu. On pense un peu à Resident Evil
(les jeux, pas les films) quoique l'histoire soit complètement
différente.Ce film propose une sorte immersion dans l'inconnu, et nous y
plonge d'entrée, dès la première seconde, par une séquence assez
géniale, un véritable morceau d'anthologie. La bande son, excellente,
contribue à l'ambiance et à la fascination.
Je pense qu'Eden Log gagne
à être abordé sans rien connaître de l'histoire, c'est pourquoi je n'en
dirai pas un mot. La seule chose à savoir est que si vous avez aimé les
films mentionnés ci-dessus, si vous aimez la sci-fi, la BD, le manga et
les jeux vidéos, il y a de grandes chances pour que vous ayez toutes
les qualités nécessaires pour l'apprécier à sa juste valeur.
Ce film est une petite pépite. Un hasard heureux me l'a mis sous la
main. Pourquoi n'en a-t-on pas davantage entendu parler au moment de sa
sortie ? Pas assez standard pour un milieu cinécomateux franchouillard
qui préfère les histoires
de fesses entre copains à moins que ce ne soit les histoires de copains
entre fesses ? J'exagère ; il y a de très bons films en France, mais ce
sont en général ceux dont on n'entend jamais parler et qui ne
passent que dans de rares salles et à des heures impossibles. À côté de
chez moi, la pépite, française ou étrangère, est programmée le mardi à
quatorze heures. Dans l'impitoyable univers qu'est celui du cinéma, les
choses sont très mal faites.
C'était le premier film du réalisateur. J'ai aussitôt cherché s'il en
avait fait d'autres depuis. Déception. J'espère que ce ne sera pas le
dernier, car un pareil talent inutilisé, c'est vraiment du gâchis.
...
Teaser:
ça tease, non ?
Belle performance de Clovis Cornillac - j'avais oublié de la mentionner dans l'article.
jeudi 18 février 2016
La Bibliothèque de Fernando Pessoa
Rien n'est plus amusant et édifiant, quand on entre dans une maison pour
la première fois, que de découvrir la bibliothèque. Une rangée de
livres sur une étagère en dit plus sur l'occupant des lieux, sa
personnalité et ses goûts, qu'une série de tests psychologiques.
Quand, durant mes études de portugais, je lisais les œuvres de Fernando
Pessoa, j'étais loin d'imaginer qu'un jour je pourrais jeter ce même
coup d'œil sur sa bibliothèque et lire une partie des livres qu'elle
contient. J'étais encore plus loin de concevoir l'idée qu'un jour il me
serait possible de le faire sans sortir de chez moi. Pourtant, c'est
chose possible car la Casa Pessoa a mis en ligne la bibliothèque personnelle de l'auteur, du moins tous les ouvrages libres de droits.
J'ai passé quelques heures à la parcourir avec passion, imaginant que
j'allais peut-être trouver la source du mystère Pessoa et du génie
multiple de l'auteur du grandiose Mensagem, du Livro do Desassossego, et des recherches sur la vérité occulte…
Outre des ouvrages en portugais, la bibliothèque de Pessoa contient de
nombreux volumes en anglais et en français. Pour qui connaît l'œuvre
de Pessoa, cette bibliothèque n'est pas véritablement une surprise. Elle
est très cohérente avec ce que l'on sait de lui. Poésies victoriennes,
œuvres de William Blake, magie…
En ouvrant les livres on constate que Pessoa soulignait les passages qui l'intéressaient, mais n'annotait pas.
Dans un texte des années 1910, il écrivait :
J'ai dépassé le stade de la lecture. Je ne lis plus rien, excepté des journaux à l'occasion, de la littérature légère et des livres pratiques relatifs aux matières que j'étudie et pour lesquelles le simple raisonnement est insuffisant.
J'ai pratiquement laissé tomber la littérature en tant que tel. Je pourrais en lire pour apprendre ou par plaisir. Mais je n'ai plus rien à apprendre, et le plaisir que l'on tire d'un livre est d'un genre qui peut être facilement remplacé par celui, immédiat, du contact avec la nature et de l'observation de la vie .
Il ajoutait :
Tous mes livres sont des livres de référence. Je lis Shakespeare seulement en relation avec "le problème Shakespeare" : le reste je le sais déjà.
J'ai découvert que la lecture est une forme de rêve qui assujettit. Si je dois rêver, pourquoi pas mes propres rêves ?
Le Livre du destin
Trouvé dans la bibliothèque de Fernando Pessoa, ce numéro du magazine de Détective du 2 mai 1929, en partie dédié aux déboires de Sir Aleister Crowley.
L'article, rédigé par Pierre Lazareff et Claude Dherelle, se terminait sur la devise du sulfureux "mage" :
Le livre du destin est fait pour être déchiré.
Une devise que les deux journalistes disaient faire froid dans le dos. Elle est surtout impressionnante.
lundi 11 janvier 2016
Lazarus
Samedi, je suis allée, comme tous les jours, rendre visite à ma mère qui
est à l'hôpital et lutte contre un cancer. J'étais près d'elle et je
vérifiais le fonctionnement de mon nouveau smartphone. Dans les médias
tout le monde ne parlait que du nouvel album de Bowie. Pour la
distraire, et la changer un peu d'ambiance, je lui ai dit "tiens, on va
regarder ensemble le clip de Bowie !" et je lui mets Lazarus.
Ce n'était pas une bonne idée, mais je ne pouvais pas m'en douter. Lui infliger la vue de ce type en souffrance, hurlant et se débattant contre la mort sur son lit d'hôpital, c'était comme lui tendre un miroir pour contempler sa propre expérience, car s'il est une chose que ce clip fait bien, c'est montrer la violence de la maladie et l'angoisse de la mort. Pour effacer cette impression, j'ai mis une autre vidéo, mais le moribond y était encore, alors j'ai arrêté...
J'ai pensé à un album concept du type Outside que j'avais adoré, mais il m'a semblé qu'un nouveau degré avait été franchi dans le morbide. C'était trop désespéré et si réaliste que cela m'a effrayée... Je me suis demandé où en était le type qui produisait ce genre de clips...
Pour cette raison, l'annonce de sa mort ne m'a pas surprise. Il l'avait en quelque sorte déjà faite lui-même et mise en scène. Artiste jusqu'à son dernier souffle, et magistral jusqu'au bout, preuve que l'on peut réussir son départ de rock star sans faire une overdose à 27 ans.
Ce n'était pas une bonne idée, mais je ne pouvais pas m'en douter. Lui infliger la vue de ce type en souffrance, hurlant et se débattant contre la mort sur son lit d'hôpital, c'était comme lui tendre un miroir pour contempler sa propre expérience, car s'il est une chose que ce clip fait bien, c'est montrer la violence de la maladie et l'angoisse de la mort. Pour effacer cette impression, j'ai mis une autre vidéo, mais le moribond y était encore, alors j'ai arrêté...
J'ai pensé à un album concept du type Outside que j'avais adoré, mais il m'a semblé qu'un nouveau degré avait été franchi dans le morbide. C'était trop désespéré et si réaliste que cela m'a effrayée... Je me suis demandé où en était le type qui produisait ce genre de clips...
Pour cette raison, l'annonce de sa mort ne m'a pas surprise. Il l'avait en quelque sorte déjà faite lui-même et mise en scène. Artiste jusqu'à son dernier souffle, et magistral jusqu'au bout, preuve que l'on peut réussir son départ de rock star sans faire une overdose à 27 ans.
En ce moment, tout mon univers s'écroule, par grands pans et à grand
fracas. C'est sans doute cela que l'on appelle vieillir. Il me semble
que la vieillesse se définit davantage par ce que l'on perd en cours de
route que par ce que l'on devient soi-même.
Le Temps où tout était...
Plus j'avance en âge et plus je comprends pourquoi Proust a écrit A la Recherche du temps perdu.
De plus en plus d'occasions nous donnent envie de rembobiner la bande et de se repasser le film du temps où dans notre vie tout était... - je cherche le ou les adjectifs et finalement je n'en trouve pas.
Le temps où, dans notre vie, tout était.
samedi 2 janvier 2016
Vivre selon son voeu
formule véridique du terrestre bonheur."
Jolie formule, tirée de la pièce Sémiramis du Sâr Péladan.
Sémiramis est une grandes héroïne tragique comme les aimaient les
symbolistes. Vierge mâle et conquérante, adulée par ses armées, qui, à
l'orée de la vieillesse, abdique de sa gloire et de son pouvoir pour
l'amour d'un jeune prisonnier égyptien.
Le texte est truffé de tirades pleines de panache. J'ai particulièrement aimé
celle-ci, que je trouve grandiose dans la bouche d'une héroïne :
"Je suis du sexe des héros, des demi-dieux, des fondateurs d'empire,
je suis du sexe de l'épée !"Je suis du sexe des héros, des demi-dieux, des fondateurs d'empire,
Là, où naissent les rois, mon génie m'a monté.
Je ne dois rien au sort ; ma gloire je l'ai faite !
Mon sexe, c'est ma volonté."
La fin est plus classique puisque la guerrière renonce à l'épée, au
pouvoir, à la gloire, trahit ses peuples et se trahit elle-même.
Jolie déclaration aussi que celle où elle revient sur les valeurs qu'elle défendait et représentait avant de connaître l'amour :
"C'est une vanité de vivre dans l'éclat
d'incarner les passions misérables d'un peuple,et d'épuiser sa vie pour des couronnes de métal :
l'homme sage porte son univers en lui,
amant ou visionnaire; et ne s'inquiète
pas du sentiment d'autrui, car il s'est reconquis d'abord
sur la tyrannie des idées usuelles. Keth-Aour,
ta pure haleine, en passant sur ma chair, l'avive
comme s'éveille la terre froide au souffle de Tammuz."
C'est très beau, parcouru d'un grand souffle épique. On a tort d'avoir
oublié Péladan, dont il faudrait redécouvrir les œuvres, notamment pour
sa quête idéaliste et mystique. Cela nous ferait beaucoup de bien;
l'idéalisme et l'aspiration au grand et au beau, c'est ce qui manque à
notre civilisation vaincue par son matérialisme outrancier et étouffée
par son cynisme jouisseur.
---
---
Photographie : détail d'une représentation de Sémiramis donnée aux arènes de Nîmes en 1904. Dans le rôle titre, Madame Segond-Weber de la Comédie Française.
Inscription à :
Articles (Atom)
-
Il mondo si è fermato per parlare d'amore.(*) Quand on commence à regarder cette série, on ne sait pas du to...
-
"Il convient peut-être de nous fier aux rêves qui nous projettent au-delà de nos limites." Jacques ABEILLE, Les Barbares , 2011 ...
-
Facture art déco et inspiration symboliste, l'œuvre est superbe. Il s'agit d'une gravure réalisée par Henry Chapro...
















