
Samedi, je suis allée, comme tous les jours, rendre visite à ma mère qui
est à l'hôpital et lutte contre un cancer. J'étais près d'elle et je
vérifiais le fonctionnement de mon nouveau smartphone. Dans les médias
tout le monde ne parlait que du nouvel album de Bowie. Pour la
distraire, et la changer un peu d'ambiance, je lui ai dit "tiens, on va
regarder ensemble le clip de Bowie !" et je lui mets Lazarus.
Ce n'était pas une bonne idée, mais je ne pouvais pas m'en douter. Lui
infliger la vue de ce type en souffrance, hurlant et se débattant contre
la mort sur son lit d'hôpital, c'était comme lui tendre un miroir
pour contempler sa propre expérience, car s'il est une chose que ce clip
fait bien, c'est montrer la violence de la maladie et l'angoisse de la
mort. Pour effacer cette impression, j'ai mis une autre vidéo, mais le
moribond y était encore, alors j'ai arrêté...
J'ai pensé à un album concept du type Outside que j'avais adoré,
mais il m'a semblé qu'un nouveau degré avait été franchi dans le
morbide. C'était trop désespéré et si réaliste que cela m'a effrayée...
Je me suis demandé où en était le type qui produisait ce genre de
clips...
Pour cette raison, l'annonce de sa mort ne m'a pas surprise. Il l'avait en quelque
sorte déjà faite lui-même et mise en scène. Artiste jusqu'à son dernier
souffle, et magistral jusqu'au bout, preuve que l'on peut réussir son
départ de rock star sans faire une overdose à 27 ans.
En ce moment, tout mon univers s'écroule, par grands pans et à grand
fracas. C'est sans doute cela que l'on appelle vieillir. Il me semble
que la vieillesse se définit davantage par ce que l'on perd en cours de
route que par ce que l'on devient soi-même.